Ce qu'il manque à CMMI !

Le titre de cet article est un peu prétentieux ... non très prétentieux …

En effet, que peut il manquer à un référentiel composé d’environ 400 bonnes pratiques, réalisé par des très nombreuses personnes très expérimentées après avoir capitalisé sur une multitude de projets …

Si l’on restreint CMMI à un modèle et un référentiel, disons la « bible de l’ingénierie logicielle » alors il ne manque sans doute pas grand-chose.

Mais si on prend la casquette d’un responsable d’équipe informatique qui souhaite que ce référentiel se traduise évidemment par des bénéfices concrets au jour le jour dans son travail, alors il faut parler de l’essentiel : Le déploiement !

Et là, il faut avouer que la réponse commune des experts en la matière a de quoi faire pâlir quelques directeurs des systèmes d’information.

En passant un peu de temps à chercher sur internet vous trouverez à priori une moyenne de réponse qui est qu’il faut environ 18 mois par niveau de maturité souhaité (C’est d’ailleurs la réponse que j’obtenais des consultants avec qui je travaillais sur ces sujets).

Le référentiel en comptant 5 et en considérants que l’on part du niveau 1, c’est donc un projet de 6 ans si l’on souhaite être au top.

Je me permets de citer une réponse trouvé sur internet qui pourrait provoquer l’attaque cardiaque des mêmes directeurs informatique

«… on a mesuré empiriquement qu'il faut en général près de 2 ans pour qu'une entité comptant 50 informaticiens ou plus amène son processus logiciel d'un stade TRÈS immature (niveau 1 faible) à un niveau assurant une bonne répétitivité (niveau 2 maîtrisé); puis de 2 à 3 ans pour passer à chacun des échelons supérieurs … » , juste un projet sur 10 ans, une broutille.

Attention, je ne porte pas de jugement à ces déclarations, puisque elles sont issues d’exemples réels, par contre dans le contexte économique actuel et à la tendance au « lean de chez lean » dans les systèmes d’information, je pense que sociétés seront donc beaucoup plus tentées par le coté … Agile !

En fait ce qui me fait surtout réagir c’est qu’il faut bien considérer deux profils : les sociétés pour lesquelles CMMI est d’abord un enjeu d’image, et celles qui souhaitent juste profiter de cet excellent référentiel pour progresser dans leur pratique de l’ingénierie logicielle.

Pour les premières, pas de doute, le chemin sera long et couteux et je suis convaincue qu’en appliquant quelques un de mes conseils on peut réduire le projet à quelque chose de raisonnable (3 ans), pour les autres il faut aborder un projet CMMI de manière très pragmatique en essayant de répondre aux questions suivantes pour cadrer son effort :

- Quels sont les faiblesses principales dans mes processus ?
- Quel sont les pertes (coût) générées par ces faiblesses ?
- Quels sont les bonnes pratiques recommandées par le modèle CMMI sur ces processus ?
- Quels seraient les pratiques qui auraient le meilleur retour sur investissement (ROI : Coût de déploiement / Gains) ?

Pourquoi pas alors pour le coup adopter une démarche agile sur ce projet CMMI :
     1-Placer son besoin de progrès comme objectif.
     2-Définir des « sprints » de quelques semaines/mois,
     contenant quelques bonnes pratiques prioritaires.
     3-Faire des arbitrages réguliers sur les priorités et être souple dans la
     manière de répondre aux exigences des pratiques.

Pour finir ce billet, quelques conseils (à prendre avec du recul suivant le contexte) car issue de ma propre expérience :

1-Pas de déploiement CMMI sans une adhésion forte des « producteurs » (Développeur, Architecte, Analyste, Consultant technique, Chef de projet,….)

« N’oublions pas que c’est eux qui vont voir leur quotidien évolué et qu’ils sont bien placés pour vous dire ce qui ne vas pas actuellement ! »

2-Pas de déploiement CMMI sans une équipe de déploiement crédible et connue des « producteurs »

« Pourquoi pas détacher sur chaque sprint un chef de projet expérimenté ayant fait ses preuves et apprécié des autres ! »

3-Pas de déploiement CMMI sans un outillage adéquat à déployer en parallèle.

« Les espaces de partage, outils collaboratifs, voir un outil de gestion de projet mettant en œuvre par définition les bonnes pratiques seront dans beaucoup de cas l’élément catalyseur et accélérateur ».

4- Pas de déploiement CMMI sans un support à 100% de toute la hiérarchie, sans leur capacité à remettre en cause l'organisation actuelle et prêt à une vraie reconnaissance des efforts.

« no comment …. C’est quoi sinon un manager ? »